Le premier Fonds Découverte d’Inovia soutient la prochaine génération de fonds de capital de risque dans leur mission d’identifier et de développer des startups à fort potentiel aux stades de pré-amorçage et d’amorçage. Nous avons rencontré ces gestionnaires émergents pour discuter de leur vision, de leur approche et de leurs attentes vis-à-vis d’un pitch.
Aujourd’hui, nous sommes heureux de vous présenter Étienne Mérineau, Associé directeur chez Telegraph Ventures.
Étienne a le don de se réinventer à chaque décennie. Sa première carrière s’est déroulée en publicité, où la gestion de campagnes pour des multinationales lui a appris la puissance du storytelling. Est ensuite venue sa phase entrepreneuriale : l’industrie technologique était en plein essor et le Montréalais voulait faire partie de l’avenir.
Sa participation au tout premier MIT Bootcamp a marqué un tournant dans son parcours. En misant sur l’automatisation, il a cofondé Heyday, un chatbot permettant aux marques d’interagir à grande échelle avec leurs clients. L’explosion du commerce électronique pendant la pandémie a propulsé l’entreprise en hypercroissance. À son apogée, elle comptait 120 employé·es et collaborait avec des marques internationales telles que Lacoste, LVMH, Decathlon et Danone, avant d’attirer l’attention de la plateforme de gestion des médias sociaux Hootsuite, qui a acquis la société en 2021 pour 60 millions $ US.
Après avoir accompagné la transition chez Hootsuite et réalisé quelques mandats de consultation, Étienne a rencontré Luis Gutierrez Roy, fondateur et directeur général de Telegraph-Hill Capital, une firme basée à Barcelone. L’équipe avait mené des dizaines de rondes de financement au stade préamorçage au Québec afin de combler le manque de capitaux locaux auquel Étienne avait lui-même été confronté comme fondateur.
Pour combler cette lacune, ils ont créé Telegraph Ventures, une filiale dirigée par Étienne qui a levé 34 M $ lors de sa première clôture et est en voie d’atteindre son objectif de 40 M $ d’ici la fin de l’année, dont environ la moitié provient du gouvernement du Québec. Grâce à des premiers chèques variant entre 500 000 $ et 750 000 $, le fonds soutiendra des entreprises québécoises en intelligence artificielle œuvrant dans le secteur B2B.
POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI DE VOUS CONCENTRER SUR LES PHASES D’INVESTISSEMENT DE PRÉ-DÉMARRAGE ?
C’est le domaine d’expertise de l’équipe de Telegraph Hill Capital en Europe. Avant la création de ce fonds, elle investissait déjà à l’échelle mondiale — au Canada, aux États-Unis et en Europe —, alors il était logique de poursuivre une stratégie qui a déjà porté fruit. Sur un plan plus personnel, je suis moi-même un entrepreneur d’amorçage. J’ai vendu mon entreprise après quatre ou cinq ans, mais ce que j’aime le plus, c’est cette phase un peu chaotique où l’on cherche son adéquation produit-marché et où il faut itérer rapidement. C’est une étape qui exige beaucoup d’intention et de stratégie pour trouver les bonnes réponses et survivre.
À plus grande échelle, il reste un vide à combler localement : il y a beaucoup de capitaux disponibles aux stades de croissance, mais peu d’options pour les fondateurs aux tout premiers stades de financement, surtout quand vient le temps de mener une ronde. Avec le recul, comme fondateur de première expérience dans le secteur en pleine effervescence de l’IA conversationnelle, j’ai constaté moi-même à quel point le manque d’options locales en capital de risque nous a forcés à nous autofinancer et à croître de façon très efficiente face à des concurrents beaucoup mieux financés.
DITES-NOUS CE QUI REND VOTRE FONDS UNIQUE
En équipe, nous réunissons des compétences complètement différentes. J’apporte l’expertise, l’expérience et l’empathie du fondateur, ainsi que le savoir-faire en mise en marché. Mes partenaires, eux, possèdent une solide feuille de route en capital de risque et des antécédents en comptabilité et en fusions-acquisitions, ce qui complète très bien notre équipe. Ensemble, nous avons une vision 360 degrés des enjeux.
Notre ancrage local combiné à une plateforme mondiale, c’est aussi ce qui nous distingue. Nous avons du talent local au Québec, et il faut du capital local au départ pour donner une première impulsion, une première étincelle. Mais il faut aussi penser global dès le premier jour, car c’est la seule façon de bâtir une entreprise qui a un réel impact à grande échelle. L’équipe de Telegraph Hill Capital a beaucoup investi en Europe et aux États-Unis par le passé, ce qui nous permet d’ouvrir des portes aux fondateurs d’ici et de les propulser rapidement sur la scène internationale.
QU’AVEZ-VOUS APPRIS GRÂCE AUX ÉCHECS OU AUX ESSAIS ET AUX ERREURS ?
Chaque grande étape de ma carrière et de mon parcours entrepreneurial a été bâtie à part d’un « échec ». J’aime souvent dire que la percée arrive juste après avoir touché le fond du baril.
Nous avons levé notre première ronde chez Heyday quelques mois après avoir échoué à conclure des discussions avancées avec un autre investisseur principal. Nous avons signé un contrat avec le laboratoire d’innovation mondiale de LVMH des années après avoir été refusés par plusieurs PDG et dirigeants de leurs grandes marques de luxe.
Il faut simplement continuer à persévérer : à un moment donné, quelque chose débloque. Les premiers essais et les échecs, ce n’est que de la pratique, pour être prêt quand le vrai moment décisif se présente.
QU’EST-CE QUI RETIENT VOTRE ATTENTION LORS D’UN PITCH ?
Je recherche des fondateurs qui s’attaquent à un vrai problème dans un marché d’envergure. Le contexte macroéconomique doit être favorable, bien sûr, mais le fondateur doit aussi être particulièrement bien placé pour réussir. L’adéquation fondateur-marché et une saine obsession pour le problème qu’ils cherchent à résoudre sont essentiels.
Je cherche aussi de la résilience et de la vitesse d’exécution : la capacité à encaisser les revers, à apprendre et à avancer rapidement est un facteur clé de succès. C’est d’ailleurs quelque chose de difficile à évaluer en une seule rencontre, il faut bâtir une relation et observer comment le fondateur agit et évolue dans le temps.
Enfin, je veux m’assurer de pouvoir apporter de la valeur. Il faut qu’il y ait un bon fit et un certain niveau d’expertise dans le secteur où l’on investit pour pouvoir avancer avec conviction.
QUEL EST LE CONSEIL QUE VOUS DONNEZ LE PLUS SOUVENT AUX FONDATEURS ?
Le capital de risque n’est pas un modèle d’affaires, c’est un accélérateur. Concentrez-vous donc sur la construction d’une vraie entreprise avec des indicateurs de performance sains, et l’argent suivra. Trop de fondateurs cherchent à lever des fonds avant même d’avoir une entreprise. Vous n’avez pas besoin d’avoir toutes les réponses, surtout aux premiers stades, mais il doit y avoir des signes de traction, ou au minimum une hypothèse éclairée fondée sur une réelle connaissance du marché et sur la recherche client. Ça ne peut pas être seulement une belle histoire.
J’ajouterais : misez sur la rapidité plutôt que sur la perfection. Lancez votre produit un peu trop tôt, vendez-le avant qu’il ne soit entièrement prêt. Ces interactions avec vos clients vous aideront à bâtir et à vendre la bonne chose, plutôt que de perdre du temps à régler le mauvais problème ou à viser le mauvais public.
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