L’optionnalité et les conversations que vous devriez avoir

Aucun entrepreneur ne souhaite vendre son entreprise. Aucun investisseur ne peut rester investi éternellement non plus. Tout le monde sait cela. Pourtant, les conversations honnêtes sur les prochaines étapes ont souvent lieu trop tard. Dans le contexte actuel, les fondateurs doivent se préparer à plusieurs éventualités et les investisseurs doivent être là pour les soutenir tout au long de leur parcours.  

Je suis depuis longtemps un adepte de l’optionnalité. Pour moi, ce concept exige de préparer le terrain, d’instaurer la confiance et de maintenir une communication ouverte entre les parties prenantes. Cette énergie vaut la peine d’être dépensée pour demeurer en contrôle, traverser les 12 prochains mois et se retrouver en bonne position lorsque le capital affluera à nouveau. 

Au cours des deux dernières années, nous avons vu des entreprises en démarrage étirer leur budget, supprimer des emplois et revoir leur feuille de route à mesure que le financement se faisait rare. L’essentiel des fonds de capital de risque est allé à des entreprises en portefeuille performantes plutôt qu’à des jeunes pousses. Nous nous attendons à un changement de rythme cette année, avec davantage de fusions-acquisitions, de regroupements de fonds de capital-investissement et une pression à la baisse sur les valorisations. Cela ne veut pas dire que les investisseurs doivent forcer les fondateurs à mettre leur entreprise en vente, mais il y a néanmoins un risque que ça se produise si ceux-ci n’anticipent pas les prochaines étapes.

Les sorties sont multiples 

En 2023, les entreprises du portefeuille d’Inovia ont eu un impact significatif sur le secteur canadien des entreprises de logiciels, avec trois sorties notables représentant près de la moitié des distributions totales du secteur en termes de valeur. Poka a été acquise par IFS, Granify a été acquise par Bazzarvoice et Clearpath Robotics a été vendue à Rockwell Automation. Cette forte concentration peut être attribuée à l’intérêt limité des investisseurs pour monétiser leurs actifs. Nombre d’entre eux ont tendance à adopter une approche passive, attendant souvent que des opportunités d’acquisition se présentent. En revanche, au cours de la dernière décennie, l’équipe d’Inovia s’est engagée de manière proactive auprès des fondateurs d’entreprises aux stades précoces afin qu’ils puissent repérer leurs options, les comparer et prendre les décisions qui leur conviendraient le mieux en cours de route. 

Je pense qu’une sortie peut prendre différentes formes. Parfois, la vente est la meilleure avenue de croissance pour les fondateurs : ils peuvent devenir le principal acquéreur dans le cadre d’une stratégie de roll-up menée par un fonds d’investissement privé ou continuer à se développer en tant qu’entité distincte au sein d’un groupe plus important.  

Dans d’autres cas, la meilleure solution consiste à rafraîchir la capitalisation de l’entreprise pour stimuler sa croissance au cours de la prochaine décennie. C’est la raison pour laquelle nous avons contribué au rachat des actions d’investisseurs ayant investi précédemment dans AlayaCare et Lightspeed. C’est également la raison pour laquelle nous avons créé un fonds de  continuité en 2021, afin de soutenir la croissance d’une poignée d’entreprises performantes issues de fonds plus anciens et de combler le fossé entre l’horizon temporel de ces fonds et celui requis pour développer des entreprises mondiales. 

Poka est un autre excellent exemple d’optionnalité. L’entreprise avait beaucoup d’argent en banque, plusieurs prétendants et était en mesure de lever du capital de croissance. Deux ans avant l’acquisition de l’entreprise, nous avons entamé la conversation avec le fondateur et PDG Alexandre Leclerc et son cofondateur Antoine Bisson. Nous les avons ensuite accompagnés tout au long du processus, en nous assurant qu’ils comprenaient les nuances de chaque option. Finalement, ils ont choisi celle qui leur semblait la meilleure pour leurs employés, leurs investisseurs et leur entreprise. 

Au cours des deux dernières décennies, je me suis rendu compte que dans le cas de nos meilleures sorties, nous avons pris le temps de nous asseoir, de travailler avec les fondateurs, de partager nos besoins et d’écouter leurs aspirations. C’est ce qui permet aux entrepreneurs de réussir.  

Se débarrasser des vieilles mentalités 

Malheureusement, cette approche est l’exception. L’idée de «laisser aller les champions» est encore très présente dans le secteur du capital de risque, même si tout le monde sait qu’il y a une limite de temps pour un fonds, généralement fixée à dix ans. 

Alors, comment se débarrasser de ces habitudes tout en optimisant les rendements ? La préparation d’une sortie exige du travail de part et d’autre. Les fondateurs doivent cartographier leur écosystème, établir des relations stratégiques et gérer les attentes des investisseurs actuels et potentiels, ainsi que des acquéreurs potentiels. La recherche d’acquéreurs potentiels ne signifie pas qu’une vente est imminente. Néanmoins, cela peut aider les entreprises à lever des fonds lorsque les investisseurs ont le sentiment qu’il existe une possibilité de sortie future, ou encore contribuer à fixer une valorisation plus élevée.   

La lassitude des investisseurs est bien réelle. Les fondateurs doivent revoir régulièrement leur tableau de capitalisation pour voir quels investisseurs ont besoin d’être rachetés ou souhaitent l’être. Un conseil d’administration solide et un tableau de capitalisation clair permettent aux fondateurs de rester en contrôle. Les fondateurs doivent également comprendre le marché sur lequel ils opèrent, ce qui signifie qu’ils doivent accepter que les valorisations fluctuent en fonction des conditions du marché et des performances de l’entreprise.  

Les investisseurs, pour leur part, doivent être transparents avec l’équipe de direction de l’entreprise sur leurs plans de désinvestissement et travailler sur des scénarios de monétisation qui ne nuiront pas à l’entreprise. La vente d’une participation minoritaire dans le cadre d’une transaction secondaire nécessite du temps et de la diplomatie avec toutes les parties prenantes, y compris la gestion des autres investisseurs qui pourraient être tentés de profiter de cette transaction.  

Bien que ces conversations ne soient pas faciles, elles devraient toujours avoir lieu longtemps à l’avance. Il ne s’agit pas seulement de dire :  « go, go, go, bâtissez, créez de la valeur et augmentez votre valorisation ! » Investir est important, mais désinvestir l’est tout autant. Et c’est encore plus complexe à gérer.

Plus sur l’optionnalité

Ne manquez pas la discussion (en anglais) entre Chris et Ilan Saks dans le podcast Unstacked Startups. Ils se penchent sur l’importance de l’optionnalité, l’impact de l’IA sur les entreprises et le rôle stratégique des talents et de la culture dans la création d’entreprises prospères.