Cette semaine, je me suis entretenu avec Aidan Gomez, cofondateur et chef de la direction de Cohere, dans le cadre du Canadian Global Growth Forum de la CVCA. J’en suis ressorti plus convaincu que jamais que le moment du Canada est arrivé.

Les chiffres donnent le ton. Les investissements canadiens en capital de croissance sont passés de 711 millions de dollars en 2013 à 5,2 milliards en 2025, soit un CAGR de 18 %, supérieur à celui du marché du capital de risque dans son ensemble. Le capital de croissance représente désormais une part record de 62 % de l’ensemble des dollars investis en capital de risque. Et les investisseurs étrangers sont au rendez-vous : 56 % des rondes de financement de stade avancé comptent aujourd’hui des investisseurs internationaux, contre 30 % il y a à peine un an. Moins de transactions, des chèques plus importants, des entreprises plus matures : c’est un marché qui gagne actuellement en maturité.

Cohere en est sans doute l’exemple le plus probant. Aidan a bâti, à Toronto, l’un des laboratoires d’IA de pointe les plus importants au monde. Notre conversation a porté sur la mission de souveraineté au cœur de Cohere, sur son pari stratégique autour d’Aleph Alpha et de l’Allemagne, ainsi que sur ce qu’il faut réellement pour bâtir un chef de file mondial sans quitter le Canada.

Mais le point qui m’a le plus marqué ne concernait ni les infrastructures ni les marchés. Il portait sur une question fondamentale : qui contrôlera cette technologie? Aidan a été très clair : nous devons nous battre avec acharnement pour que l’IA soit développée et contrôlée par des entreprises redevables envers des institutions démocratiques. Pas simplement par celles qui avancent le plus vite ou qui lèvent le plus de capitaux, mais par des entreprises qui répondent à l’état de droit et au public. C’est là tout l’enjeu de la souveraineté, et c’est en grande partie la raison d’être de Cohere.

Il a également présenté des arguments très concrets en faveur du rôle que le Canada pourrait jouer dans les infrastructures qui soutiennent cette technologie. Nous disposons de rares atouts : un climat froid, le deuxième plus grand territoire au monde, de l’énergie propre et de l’espace. « Nous sommes très bien placés pour devenir une superpuissance des centres de données », a-t-il affirmé. « Nous pouvons y arriver si nous le décidons. » À condition de bien gérer les enjeux liés à l’eau, à l’énergie et aux émissions.

Cette même ambition était palpable tout au long du forum. Michael Katchen de Wealthsimple a parlé d’un Canada plus ambitieux que jamais quant aux entreprises, aux industries et aux partenariats mondiaux qu’il souhaite bâtir. Raquel Urtasun de Waabi l’a dit clairement : il est possible de bâtir un chef de file mondial à partir d’ici. Il n’est pas nécessaire de partir aux États-Unis. Et Cyrus Madon de Brookfield a qualifié les pressions commerciales actuelles de « plus beau cadeau » que le Canada aurait pu recevoir, parce qu’elles nous obligent à nous concentrer sur ce qui contribue réellement à la croissance du PIB.

Mais l’ambition ne suffit pas. Plusieurs intervenants ont aussi été très directs sur les obstacles qui demeurent : les barrières au commerce interprovincial, les processus d’approvisionnement qui compliquent et ralentissent les ventes aux gouvernements, ainsi que l’absence d’un point d’entrée clair pour les capitaux étrangers qui doivent actuellement naviguer entre les différents paliers de gouvernement et les multiples cadres réglementaires. Les investisseurs mondiaux ont de l’intérêt pour le Canada. Ce qui leur manque encore, c’est une voie simple pour y accéder.

C’est là que se trouve l’occasion. Cohere illustre ce qui peut arriver lorsque le capital, les talents et la conviction du Canada rencontrent les bons partenaires internationaux au bon moment, tout en veillant à ce que la technologie demeure redevable envers les individus qu’elle est censée servir. Le moyen le plus rapide de faire émerger le prochain Cohere, Photonic ou Wealthsimple est de se rapprocher des firmes qui bâtissent déjà au cœur de cet écosystème, tout en continuant à lever les obstacles afin que les capitaux mondiaux puissent être déployés ici à grande échelle.

Le Canada a tous les ingrédients. Il faut maintenant passer à l’action.

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